Lettres d'Adélaïde de Souza à Charles de Flahaut, son fils
(CHAN 565 AP 9)
17 octobre 1818

Je commence ma lettre d'aujourd'hui en vous disant que je me suis transportée chez M. Pragny après que cet excellent Gabriel y a été et s'est assuré que les tableaux y étaient. Je ne conseille pas du tout à M. Murray de les acheter. D'abord c'est une suite de la mauvaise école française sous Louis quinze. Le tableau ovale est détestable et l'autre qui vaut mieux est cependant maniéré et rappelle pas mal ces anciennes porcelaines de Soyes (?) où il y a des linges avec des habits de soie et les houlettes enfantines de rubans. Enfin, ils n'avaient point les honneurs de mon appartement. Je ne vois même pas que j'en supporte pas la vue chez Sally parce qu'elle me choque, et ceci entre nous, car je ne veux pas blesser ni offenser les goûts du général Ramsay. Je n'ai pas trouvé chez cet homme rien qui fut digne d'attention qu'un beau tableau qu'il dit être de Philippe de Champagne ; cependant j'en doute fort , car son grand mérite est les mains, et celles du tableau ne me paraissent pas assez belles pour ce maître, tant y a qu'il veut le vendre 1500 frs, c'est un Roi avec le manteau royal prosterné devant un autel. M. Murray aime-t-il les paysages, les têtes, ou les enfants, les femmes ou les martyrs, enfin dis-moi son genre et je chercherai. Mais pour du Watteau, s'il m'écoute, je ne lui en enverrai pas.
Je reviens au cuisinier. Je t'ai écrit sur les prétentions de celui qui, je crois, te conviendrait. Si tu les trouves trop élevées, j'en chercherai un autre ; ce sera plus facile à trouver qu'une femme de chambre exepté cette petite qui est un trésor d'honnêteté, je ne connais rien qui vaille, mais en attendant, si Marguerite a en déplaisance Mme Frederick, ne penserait-elle pas prendre une Anglaise par interim. Je suis désolée qu'elle ait cette contrariété par-dessus le marché de toutes les autres qu'elle est obligée de supporter et puis si, par suite d'antipathie ma petite fille allait ressembler à Mme Frederick, ce serait une désolation.
Lord John Russell est parti ou doit partir ce matin pour Londres. C'est un excellent homme, mais qui reste dans son coin à écouter tout le monde sans se donner la peine de dire un mot : c'est dommage ! Il a tant d'instruction et d'espoir. Quand je le connaîtrai davantage, je lui demanderai s'il croit que de parler nuit à la conversation. Du reste, il est bon, excellent, comme tous les Russell.
Adieu mon fils, ma fille, mes bons amis, je finirai ma lettre demain.

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dernière modification : 26 décembre 2019
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