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Paris, Dimanche 2 mars 1851

Morny à Charles de Flahaut

 

"Mon cher ami,

Je regrette que ma lettre à Mme de Flahault vous ait causé du chagrin. J'ai pensé en réfléchissant que vous vous mépreniez sur le sentiment français à l'égard de la République, et à l'égard de ceux qui prenaient du service sous le g[ouvernement] du Pr[ésident], et j'ai cru prendre un auxiliaire utile dans la maison en soumettant mes raisons à Mme de Fl. Mais je ne suis pas juge du public anglais, et si vraiment cette situation devait vous gêner et dénaturer cette excellente position, qu'il n'en soit plus question. Malgré mon attachement bien naturel pour le Pr. ; j'espère bien que vous ne le mettez pas en comparaison avec l'affection que je vous porte. Ainsi n'en parlons plus ! J'ai cru que c'était une chose utile à l'un, agréable à l'autre, mais que vous ne refusiez que par des scrupules que je trouve un peu exagérés dans votre situation exceptionnelle, et par des motifs qu'on n'apprécie pas ici comme vous.

J'ai continué à être très souffrant. Je n'ai même pas pu assister à la séance d'hier - jolie séance et qui donne bien à réfléchir. J'ai bien peur que nous n'aboutissions aux rouges. Avec la loyale résignation du Pr., l'observation rigoureuse de la Constitution, l'aveuglement des partis, nous y marchons tout droit. Ici cela s'est su qu'on vous offrait l'ambassade de Londres et que vous l'aviez refusée. Ne vous plaignez pas de l'indiscrétion. Je n'en ai pas [été] autrement fâché. Cela pourrait justifier votre conduite plus tard à quelque autre chose, dans quelqu'autre occasion.

C'est vrai que nous devons tirer au sort avec M. de Bauffremont les 2 tableaux italiens qui sont, avec les panneaux de bois, au Pantechnicon. Veuillez faire avec M. Hacourt cette opération et lui livrer celui qu'il aura gagné. C'est le résultat d'une affaire que j'avais faite avec son beau-père, M. Leroux. Quant à mes tableaux sur bois, vous les ferez expédier en même temps que votre argenterie (Morny se livrait à un trafic de tableau. Il est probable que sa collection avait été expédiée en Angleterre pour être vendue, et qu'une partie d'entre eux était provisoirement accrochée aux murs de la maison des Flahault à Londres).
Vous n'avez pas de réponse pour l'affinage de l'argent ? P. en est bien pressé.
Je ne sais que dire des affaires anglaises. Il me semble en ce moment que l'Europe bout. Dieu sait quel bouillon nous serons forcés d'avaler en 1852 !
Quelle rosse que le cheval que vous m'avez envoyé ! Si j'en achetais une paire, Freeman (le vendeur) le reprendrait-il ?
Adieu, mon cher ami. Je vous embrasse tendrement.
Quand croyez-vous que vous viendrez ?

AUG.

 

* Le duc de Morny (Gerda Grothe / Fayard / p.6)
* Le coup du 2 décembre (Henri Guillemin / Gallimard / p.270)
* Le secret du coup d'Etat (Guedalla-Kerry / Emile-Paul 1928 /p.121-122)

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