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29 mars 1852

Charles de Flahaut à Louis-Napoléon

 

Monseigneur,

Je n'ai pas abusé de la permission que vous m'avez donnée de vous écrire, mais j'espère que vous ne trouvez pas mauvais que j'en use aujourd'hui pour vous exprimer le plaisir que m'ont fait quelques-uns des décrets que vous avez rendus dernièrement. C'était la bonne manière de faire taire la presse malveillante, ou de la réduire à l'impuissance (liberté de la presse virtuellement supprimée), car il est impossible qu'elle n'enreconnaisse les bons résultats. Ils ont été aussi une arme puissante pour ceux de vos partisans qui désirent le succès de votre cause et, croyez-bien, Monseigneur, en désirent le triomphe.

Permettez-moi cependant de saisir cette occasion pour vous parler du mauvais effet que produit ici la prolongation du séjour des exilés. Ils sont reçus dans tous les salons, et la modération de leur langage ajoute encore au blâme de la mesure qui les tient éloignés de leur pays.

On a répandu aussi le bruit que M. Thiers obtiendrait la permission d'y rentrer, s'il en faisait la demande par écrit ; et on s'étonne qu'une telle condition soit un obstacle au retour d'un homme que n'a frappé aucun jugement, aucune condamnation ; et même ceux qui ne blâment pas le mesure en elle-même, trouvent que de la part d'un gouvernement fort et juste, elle ne saurait être justifiée que par la nécessité. Or, ddisent-ils, cette nécessité n'existe pas, puisque, sur leur demande, la permission de rentrer serait accordée.

Vous avez plusieurs fois daigné m'écouter avec bonté, mais j'ai cependant besoin d'ajouter que c'est votre intérêt surtout qui me préoccupe ; que depuis deux ans je suis brouillé avec M. Thiers ; que je n'ai pas aperçu sa figure depuis que je suis en Angleterre, et qu'il serait bien étonné s'il savait que je plaide sa cause...

 

* Le secret du coup d'Etat (Guedalla-Kerry / Emile-Paul 1928 /p.294 à 296)

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