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24 février 1795

Madame de Flahaut à Gouverneur Morris

 

" Mille remerciements pour votre lettre affectueuse et consolante du 6 courant. Je partirai le plus tôt possible. Ne pensez pas que ce soit avec la lenteur que je mettrais pour retourner à Paris. Manitenant, je n'ai que du bonheur devant moi. Là, j'aurais la guillotine. Mon cousin (tel est le terme dont dorénavant Mme de Flahaut désignera le prince dans ses lettres) partira avec moi, mais il est nécessaire que vous connaissiez sa position. Hambourg est plein de gens dont il était connu et qu'il ne veut pas revoir. Mme de Sillery est à Altona, et il doit l'éviter d'abord par respect pour sa mère. De plus, il désire n'avoir aucun rapport avec une si méchante femme, car un écrivain de sa trempe est toujours à craindre. Ses ouvrages sont remplis de calomnies contre les personnes auxquelles elle a les plus grandes obligations. Il y a aussi, à trois lieues de Hambourg, le général Valence avec une nièce de Mme de Sillery, puis un certain M. Rivery, aide de camp de M. de Valence, est à Hambourg. Indépendamment des égards que mon cousin doit à sa famille, il a des raisons personnelles pour désirer ne jamais rencontrer aucune de ces personnes. Vous voyez, mon ami, qu'il sera nécessaire de trouver pour mon cousin une petite retraite entièrement séquestrée et de même pour moi. La plus petite maisonnette loin de la ville me sera la plus agréable. Plus je vivrai retirée et plus mon cousin pourra garder son incognito... Mais, par-dessus tout, évitons Altona. Je dois aussi vous donner des renseignements sur la situation pécuniaire de mon cousin. Son père a fait beaucoup d'affaires par le moyen de Walkiers... (Banquier anglais,) Mon cousin a même, en Angleterre, deux dépôts de 875.000 francs dont on ne peut obtenir aucun compte... Mon cousin a l'intention de suivre cette affaire. De tous les pillards du père de mon cousin, Walkiers (réfugié lui aussi à Hambourg) seul a été parfaitement généreux et désintéressé. Quoique créancier du père de mon cousin, Walkiers envoie maintenant une traite de 560 francs par mois, qui ne seront rendus que lorsque mon cousin sera rentré dans ses propriétés. Nous commencerons le voyage dans une quinzaine de jours... On réparera une voiture pour mon cousin... Nous partirons donc, moi et ma femme de chambre, et lui, et son fidèle domestique, (Beaudoin, valet de chambre du duc d'Orléans, qui lui demeura fidèle pendant l'exil.) dont je vous ai parlé. Je ne puis trouver de paroles pour exprimer combien je suis sensible à votre bonté. "
Au bas de cette lettre, un post-scriptum du duc d'Orléans exprimait ses remerciements à Gouverneur Morris pour les bienfaits "que je dois, écrivait-il, à ma mère et à notre excellente amie ".

  • Madame de Souza et sa famille (baron André de Maricourt / Emile-Paul frères / p.173 à 175)
  • Louis-Philippe le méconnu (André Castelot / Perrin / 1994 / p.54 à 56)
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