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Broadlands, 21 janvier 1852

Lady Palmerston à Mme de Flahaut

 

Chère comtesse de Flahaut,

J'ai été enchantée de lire votre récit sur les déclarations imprudentes de Thiers. Si seulement il avançait pareille assertion, il ferait tant de bien que le mal causé par ses précédents bavardages en serait neutralisé. Je redoute seulement qu'Ellice, Chas, Greville, ou quelques autres, tentent de lui fermer la bouche et de lui dire que la reconnaissance de son coup d'Etat, voulu, est le meilleur service qu'il puisse rendre au Président. Je ne doute pas que le fait soit exact ; mais en général les gens n'y croient pas ou disent n'y pas croire. Quand M. de Flahaut ira à Paris, ce serait pour lui un objectif de premier ordre que de faire publier quelques preuves de cette conspiration.

Les gens en Angleterre sont vraiment si sots et si absurdes dans leur façon d'injurier le Président qu'on se sent humilié de leur manque de jugement et de leur manière de se laisser ainsi mener par le Times. D'ailleurs, quelle que soit l'opinion ici, les Français sont certainement les meilleurs juges dans leurs propres affaires, et si 8 millions d'entre eux ont approuvé le coup d'Etat et l'ont jugé névessaire, je ne vois pas de quel droit nous ferions un pareil vacarme. Un des étrangers qui se trouvait à Claremont au moment du coup d'Etat m'a rapporté que la princesse de Joinville avait dit, au milieu de son désespoir et de ses lamentations : "Et moi qui croyait être à Paris le 20", - mais ne me citez pas pour rien au monde, je vous en prie.

Je regrette vivement de nous pas vous voir ainsi que M. de Flahault, mais je comprends que vous ayez tout deux beaucoup à faire.

Croyez-moi votre bien dévouée.

E.PALMERSTON

Les Craven se sont rendus à Londres aujourd'hui.

 

* Le secret du coup d'Etat (Guedalla-Kerry / Emile-Paul 1928 /p.256-257)

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