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Paris, jeudi 18 décembre 1851

Charles de Flahaut à sa femme

 

Nous nous sommes procurés quelques-uns des pamphlets que vous désiriez avoir en imprimés ; je vous en expédie 10 aujourd'hui par l'ambassade. Ci-inclus, je vous envoie l'extrait d'un journal qui avait inséré une soi-disant lettre du général Cavaignac où on lui faisait dire du Président : "il est plus puissant que son oncle, vous devez vous rallier à lui". C'est cet article qui a induit Auguste à écrire au rédacteur.
Mme Odier (Soeur de Laborde et, selon Viel-Castel, maîtresse de Thiers) a écrit à Auguste il y a quelques jours pour obtenir l'autorisation de pénétrer dans la prison où elle voulait que fût célébré le mariage de sa fille. Il a répondu par la lettre suivante :

"Madame,

Le Président de la République a été forcé de prendre au début certaines mesures de rigueur, sans pouvoir tenir compte des considérations de personnes ; mais il m'a exprimé son désir de rendre la liberté au général Cavaignac dès que l'ordre sera rétabli. Il n'a pas oublié les grands services que le général a rendus à la Société, à la loi et à l'ordre, et il est loin de le ranger dans la catégorie des conspirateurs qui cherchaient à détruire son autorité.
Connaissant parfaitement les convictions de votre famille, et désireux en même temps de lui donner une preuve de ses dispositions amicales, il m'a donné l'ordre de vous faire savoir qu'il serait peiné à l'idée que la célébration du mariage de votre fille avec l'honorable Général pût avoir lieu dans le triste cadre d'une prison, et de vous envoyer l'ordre de sa mise en liberté.
Je n'ai pas besoin de vous dire combien je suis heureux de porter ces instructions à votre connaissance, et je vous prie, Madame, d'agréer l'assurance de mon profond respect.

"Morny"

Je pense que cette lettre vous plaira. Montrez-la à nos amis. (Morny évidemment était satisfait de sa rédaction. Il en donna copie aussi au Dr Véron, qui la publia dans ses Mémoires d'un bourgeois de Paris.)

 

* Le secret du coup d'Etat (Guedalla-Kerry / Emile-Paul 1928 /p.189-190)

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