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17 décembre 1852

Morny à Madame de Flahaut

 

"Ma chère madame de Flahaut,

Je regrette que vous éprouviez du chagrin de la vente de la maison. Au fond, moi j'éprouve bien aussi un peu de tristesse, mais c'est plutôt une impression qu'un raisonnement. Ne revenant plus à Paris, n'était-il pas absurde d'avoir un aussi gros capital improductif ? Pour l'habiter, vous auriez été obligée à de grandes dépenses, et à moins d'adopter franchement une situation dans le gouvernement actuel - ce que monsieur de Flahaut ne peut pas faire -, ce serait une folie de la conserver pour venir de temps à autre y passer quelques semaines. Tandis que sans exposer le capital qui vous rentre, vous pouvez augmenter la fortune de vos enfants.

Vous connaissez mes sentiments à l'égard de l'Empereur actuel et tous les motifs honorables (les nombreuses raisons) qui justifieraient (le consentement de) M de Flahaut d' (à) accepter une position (situation) officielle. Néanmoins je ne me dissimule pas qu'une telle attitude pourrait ne pas être approuvée en Angleterre (que peut-être l'opinion en Angleterre pourrait désapprouver ce parti) ; qu'on pourrait l'en blâmer dans sa propre famille (allusion aux Shelburne) ; (qu'en outre ici) il se trouverait ici au milieu de gens nouveaux (un monde nouveau) qui n'ont aucun rapport avec ses anciens amis (en froid avec toutes ses anciennes connaissances) Vous aurez de la peine à vous habituer vous-même à la nouvelle graine qui a poussé. La position sera (longtemps) fausse pendant quelques temps, je le sens moi-même et vous le sentiriez encore davantage (Et si j'éprouve cela moi-même, ne l'éprouverez-vous pas plus vivement ?) Sa conduite depuis deux ans, et surtout depuis le 2 décembre, est la vraie mesure qui emporte l'estime de tous. La seule chose que je blâme, ce sont les exagérations de certains qui, tout en reconnaissant le service immense rendu au pays par le Prince Lo Nap., s'éloignent de sa personne par sentiments personnels.

Enfin laissons faire le temps...

AUG.."

 

* Le duc de Morny (Gerda Grothe / Fayard / p.138-139)
* Le secret du coup d'Etat (Guedalla-Kerry / Emile-Paul 1928 /p.310-311)

* Flahaut (Françoise de Bernardy / Perrin / p.329)

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