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Londres, 11 janvier 1852

Charles à l'ex-reine Marie-Amélie

Madame,

Votre Majesté m'a permis dans plusieurs occasions de m'adresser directement à elle et j'ose espérer qu'elle ne trouvera pas mauvais que je prenne en ce moment la même liberté, bien qu'il ne s'agisse que de ce qui me touche personnellement. Peut-être pourrais-je invoquer, pour en réclamer la permission, vingt années d'un attachement et d'un dévouement dont j'ai été assez heureux pour lui donner quelques preuves.

Depuis mon retour ici, le 25 du mois dernier, j'hésite à faaire la démarche à laquelle je me décide aujourd'hui. Non que je n'en aie senti le vif désir au fond de mon coeur, mais parce que d'après tout ce qui me revenait de l'impression produite sur Votre Majesté par les événements de Paris, je craignais d'être importun et de ne point être écouté avec bonté. Cependant, après y avoir bien réfléchi, il m'a semblé qu'un honnête homme qui dans les temps d'orage que nous avons traversés, peut examiner sa vie sans avoir à rougir, a quelque droit à être écouté favorablement.

Madame, lorsque je suis allé à Paris au commencement de novembre, je n'hésite pas à le dire, je prévoyai une crise, et je me flattais d'éviter à mon pays une convulsion aussi violente et dangereuse que celle qui a eu lieu, en rétablissant entre le Président de la République et les chefs de la Majorité de l'Assemblée la bonne intelligence que des fautes bien regrettables avaient interrompue. Malheureusement, des fautes plus regrettables encore ont paralysé mes efforts et amené la necessité des mesures prises le 2 décembre. Votre Majesté me permettra d'ajouter que c'est contre l'anarchie et les auteurs ou fauteurs de la révolution de 1848 qu'elles ont été principalement dirigées.

Il est naturel, cependant, que ce soit de l'appréciation des circonstances et de la nécessité de ces mesures que doive dépendre le jugement de Votre Majesté sur la conduite de ceux qui y ont pris part, et je ne puis prétendre qu'elle[sic] soit conforme à la mienne. Mais je puis dire avec une parfaite sécurité de conscience que, comme en 1830, ma détermination a été motivée par l'amour de mon pays, le désir de le sauver de l'immense danger qui le menaçait et que ma conduite n'a été dirigée par aucun sentiment d'ambition ou d'intérêt personnel.

Je ne m'attends pas, Madame, à ce que vous puissiez m'écouter avec indulgence, mais j'ai besoin néanmoins de vous assurer que, si j'ai contracté de nouveaux devoirs en reprenant une part dans la conduite des affaires de mon pays, je ne crois avoir rieen fait de contraire aux sentiments d'attachement que j'ai voués à Votre Majesté et que rien ne saurait jamais effacer.

Je suis avec le plus profond respect,
Madame,
de Votre Majesté
le très humble et très obéissant serviteur.

Cte de Flahaut

* Le secret du coup d'Etat (Guedalla-Kerry / Emile-Paul 1928 /p.230 à 232)

Flahaut demanda à l'ex-reine de comprendre les raisons qui le faisaient pencher en faveur du coup d'Etat et l'assurait, dans la lettre qu'il lui adressait, que ses nouvelles obligations n'avaient rien changé et ne changeraient jamais rien "aux sentiments d'attachement que je porte à Votre Majesté".

* Le duc de Morny (Gerda Grothe / Fayard / p.113)

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